Né à Bristol en 1965, Guy Denning entretient un vif intérêt pour les arts visuels depuis sa tendre enfance, bien qu’il ne commence à s’adonner à la peinture à l’huile qu’à l’âge de 11 ans. Suite à l’obtention d’un diplôme d’histoire de l’art de l’Open University et après avoir exercé une multitude d’emplois alimentaires pour subvenir aux besoins de sa famille, refoulé par les écoles des beaux-arts, il développe une peinture autodidacte, marquée par ses souvenirs d’enfance une conscience aiguë des difficultés socio-économiques que traverse alors son pays.

 

Après sa découverte, en 1980, des groupes CRASS, The Dead Kennedys et Poison Girls, Guy Denning s’associe à la deuxième vague punk et s’ouvre au street art : textes au pochoir, influence des montages photographiques de l’artiste Gee Vaucher, instincts anarchiques punk, concourent au développement, dans les villes de l’ouest anglais, du travail si singulier, teinté d’accents politiques, de Guy Denning. Ce dernier remet fréquemment en question l’essence même du graffiti, alors souvent défini par une vision américaine inspirée du hip-hop et de la pop culture, le jugeant dépourvu du contenu politique qu’il entend y faire valoir. Contestataire, son attaque favorite est simplement d’inscrire : « Pourquoi ? » à côté de ce street art « traditionnel », quand ses pérégrinations dans les rues britanniques le conduisent à croiser de tels graffitis.

 

En dépit d’un talent, certes encore en gestation, mais évident, ses tentatives pour intégrer des institutions des beaux-arts se soldent par un cuisant échec : on le juge peu subtil dans sa façon d’aborder la politique, trop littéral, à la limite de la férocité, dans son style figuratif, qu’on lui recommande d’ailleurs d’abandonner. Ses images photocopiées et reproduites ne sont pas considérées comme un mode d’expression artistique légitime, encore moins au sein des beaux-arts. Sourd à ces vaines critiques, Guy Denning a perfectionné sa technique ; au lieu de renoncer, il a appris à devenir résilient, discipliné et concentré. À se muer en artiste, en somme.

 

Outre ses sujets et leur traitement, la singularité de son travail réside dans sa capacité à mélanger les médias : pochoirs, bombes aérosol, pinceaux, peinture, crayons, feuilles d’or, markers et pastels, s’allient pour créer ses figures pleines d’humanité sur papier journal ou demi-ton, carton d’emballage ou mur où son dessin, d’une simplicité trompeuse, rehaussé de noir et blanc, apparait comme d’autant plus fort. La peinture de Guy Denning s’exprime en coups de pinceau puissants, mais également en égratignures et en déchirures – à l’image de l’humanité qu’il dépeint. Fréquemment, il adjoint à son travail des textes réalisés au pochoir et collés. Cette forme d’éclectisme créatif l’a conduit à participer à des projets d’art urbain ou d’art contemporain d’une grande diversité, à l’instar des 30 peintures basées sur le film « La passion de Jeanne d’Arc » (1928) et abordant des machinations politico-historiques, qu’il a présenté en 2010 lors de l’exposition « Behemoth » à Londres, ou la série « Inferno », trois peintures inspirées de la « Comédie » de Dante, présentée à Rome en 2011 (invité de l’Avanguardie Urbane) pour sa première partie et à New York pour la deuxième, « Purgatorio ». L’artiste admire particulièrement l’œuvre de l’auteur italien dans laquelle lieux et situations se retranscrivent aisément dans le monde moderne, les grands problèmes de l’humanité transcendant les époques pour demeurer sensiblement les mêmes.

 

Tout comme sa visite, durant un séjour en France lorsqu’il était enfant, du cimetière de Verdun – et le prise de conscience de l’ignominie de la guerre – les attentats du 11 septembre ont eu un impact émotionnel déterminant pour son travail. Par ailleurs, toujours politisé, il réalise en 2015 une performance intitulée « The Party is Over » à la Galerie Brugier-Rigail, à Paris, alors même que se joue, à quelques encablures, la COP21. L’opération tend à mettre l’accent sur une cause qui tient à cœur à l’artiste : celle de l’épuisement des ressources naturelles face à la gabegie opérée par les générations actuelles. Il poursuit cette exploration des questions politiques à travers une série d’anges, empreints de mélancolie et de désespoirs, représentation imagée de réfugiés en tout genre : politiques, de guerre, climatiques.

Artiste autodidacte, sillonnant entre art contemporain, art urbain et références artistiques classiques, Guy Denning se pose incontestablement aujourd’hui comme un artiste majeur du XIXe siècle. En témoignent d’ailleurs les nombreuses collections publiques qui, de par le monde, présentent son travail – tant pour sa dimension esthétique que sa portée morale d’ailleurs – à l’instar du département d’études politiques de l’Université de Bristol et du département de sciences politiques de l’Université de Galway, du musée d’art contemporain MAGI’900 de Bologne, ou encore du Musée des Beaux-Arts de Brest. Échos du passé, du présent ou d’un avenir incertain, les portraits réalisés par l’artiste britannique, établi en Bretagne depuis une décennie, possède l’étrange faculté de susciter l’empathie, invitant le spectateur à renouer avec sa propre humanité. Imprégné de l’idée première du street art, c’est pour tous et chacun que Guy Denning crée : « L’Art ne doit pas s’expliquer par des spécialistes ou des critiques. Les gens comprennent d’eux-mêmes. L’Art n’est pas conceptuel, il ne peut se traduire par des mots mais doit engendrer des émotions venues du cœur ».

 

À Paris comme à Séoul, Guy Denning est représenté par la Galerie Brugier-Rigail et la Galerie Brugier-Rigail Séoul.

 

Retrouvez nos éditions (sérigraphie, lithographie) de Guy Denning dans l’onglet « édition » de notre galerie d’art en ligne.